Le premier jour après la dépression

C’est enroulé dans mon doudou que je tente de faire un retour sur ma première journée de travail. Je savais que ce n’aurait pas été facile. Je ne voulais pas me faire de fausses attentes. J’ai aussi essayé de ne pas anticiper le pire.

le premier jour après la dépression retour au travail.jpg

Après cette première journée, je ne sais toujours pas si je suis revenu trop tôt ou non. Est-ce que j’étais prête? Je ne sais pas plus. Je ne pense pas. Mais, je suis rendu là. Je dois avancer. Je réalise que je ne suis pas “guérie” comme je le croyais. Ça va me demander encore beaucoup de temps et de travail sur moi-même. J’espérais tellement que tout se passe parfaitement. J’espérais que mes émotions ne prendraient pas le dessus. Je me croyais plus forte, je crois. Ne vous en faites pas. La journée était bien. Je n’ai pas fait d’erreur. Je n’ai pas éclaté en sanglots. Je n’ai pas paniqué. Je n’ai rien fait de mal. Aux yeux de tout le monde, j’allais merveilleusement bien. C’est à l’intérieur que tout se jouait. C’est dans ma tête, dans mon corps, dans mon cœur que tout n’allait pas bien par moment. Je sentais que je devais me concentrer deux fois plus que de coutume pour accomplir mes tâches habituelles. Les filles avec qui je travaillais m’ont laissé des bébés faciles, peu de chose à faire, mais qui m’a tellement demandé de temps. Je faisais beaucoup de pas inutilement. Je me cherchais. Je réalisais après avoir terminé une chose que j’en avais oublié une. Moi qui suis celle qui aide toutes les autres habituellement, je n’ai pu aider personne. J’ai dû accepter de l’aide. C’est difficile à accepter.

Je sais que je pars de loin et de très bas. Je sais que je dois apprendre à nouveau à fonctionner avec les limites que je me suis découvert. Je sais tout ça. Mais, j’aurais aimé que ce ne soit pas si difficile physiquement et moralement.

Quand on revient après si longtemps, on doit faire face à tous ces gens si différents. J’ai vu le visage de certains. J’ai entendu des choses. J’ai vu des choses. J’ai réalisé des trucs aussi. J’ai vu des gens qui me regardaient comme si j’allais craquer devant eux. Le sentiment n’est pas agréable. J’ai vu les pessimistes, ceux qui font tout pour nous montrer notre univers sous son mauvais jour. Il y a ceux qui n’avaient même pas remarqué mon absence. Il y a ceux qui sont si accablé par leur malheur qu’ils ne réalisent pas que je ne suis pas assez forte pour les écouter. Il y a ceux qui sont compréhensifs qui me laissent du temps et me disent de prendre mon temps. Il y a les optimistes qui ne comprennent pas la souffrance que j’ai ressenti et qui n’est pas si loin et me disent que tout va bien dans le meilleur des mondes.

Sur l’heure du diner, j’ai trouvé difficile de me retrouver avec autant de monde. Tout le bruit, tout le bavardage. Depuis des mois, je mange seule avec mon amoureux et parfois vraiment seule. La plupart de mes journées se déroulent sans bruit, sans télévision d’allumée et même sans musique. Je suis bien dans le silence. De me retrouver avec 7 femmes pour manger, la radio allumé sans oublier les moniteurs des nouveau-nés, la ventilation, les parents qui discutent et le téléphone qui sonne… ça fait beaucoup de monde, beaucoup de stimulation. J’ai souvent senti les larmes montées quand je me retrouvais seule avec moi-même. J’ai pris beaucoup d’énergie pour me contrôler. Chaque heure me paraissait interminable. Mais, j’ai survécu! J’ai passé à travers ma journée et j’en suis fière malgré tout. Je savais que ce serait difficile, mais ce matin je suis moins fatiguée. Je n’ai rien de prévu, rien de planifié. Je prends ça une heure à la fois. Une journée à la fois. Je vais y arriver. Je garde le focus sur mon prochain rendez-vous médical. On en discutera là et s’il le faut, je ne ferrais pas plus de 3 jours pendant un certain temps…

La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. »  de Confucius

Publicités

25 réflexions sur “Le premier jour après la dépression

  1. Damia dit :

    Onee-Chan : en aout, le médecin a fait un diagnostic de dépression. Je suis en arrêt de travail depuis ce temps. Cette semaine avait lieu mon retour au travail.

    Oréole : merci de tout coeur!

    J'aime

    • Lionne dit :

      Je considère donc que j’ai une chance inouïe d’être encore à la maison… Courage ma belle, les choses devraient se replacer, mais si tu constates que c’est le contraire qui se produit, n’attends pas !! TOI d’abord…

      J'aime

      • Damia dit :

        J’ai passé quelque mois à essayer de comprendre que je dois penser à moi. J’ai tendence à l’oublier, mais je ne veux tellement pas retourner où j’ai été. Un jour à la fois. C’est comme ça que je fonctionne depuis des mois. J’ai moi-meme demander à retourner travailler… mais le doute est tjrs présent.

        !

        J'aime

  2. Anne Jutras dit :

    Je n’ai pas connu la dépression, mais il y a trois ans j’ai pris la décision la plus importante de toute ma vie. J’ai quitté mon époux, laissant derrière moi une vie de couple de plus de 26ans. Tout un bouleversement.

    Une décision qui ne s’est pas prise à la légère, j’ai longuement réfléchie avant de partir. Ce fut une période très tourmenté. J’allais travailler le cœur chamboulé, le moral à plat, parfois, j’allais me cacher dans les toilettes pour pouvoir pleurer. Ne voulant pas montrer ma vulnérabilité. J’avais été promue gérante et je me disais que jamais je n’arriverais à exécuter les tâches relier à ce poste. Je sous estimais mon potentiel.

    Ce sont mes collègues de travail qui m’ont aidé à traverser la tourmente. Aujourd’hui, je vais très bien.

    Alors, oui, je peux te comprendre. Accepte tes limites. Oublie super-woman, c’est bon pour les autres. Fait-toi confiance. C’est normal d’être un peu dépassé par les événements, surtout après un arrêt de travail. La routine ne s’est pas encore installé, ça viendra bien, tu verras. Tu sais, les personnes qui débutent un nouvel emploi vivent la même chose. Ils doivent se donner du temps pour apprendre les nouvelles tâches.

    Vas-y une journée à la fois. Et à chaque victoire, félicite toi.

    Avec affection, Anne xx

    J'aime

    • Damia dit :

      Bonjour Anne,
      Je peux imaginer par où tu as passé. Avant d’être arrêter, j’ai vécu beaucoup de choses plus ou moins agréables dont ma séparation. Je n’ai jamais voulu arrêter de travailler. Mon médecin ne pratiquement pas laissé le choix en aout. J’en ai pleuré de frustration, de honte et de déception envers moi-même. Aujourd’hui, je réalise à quel point j’ai bien fait d’être arreter. La vie finit par nous rattraper!

      J'aime

  3. Kimie dit :

    Je découvre ton blog via ce post en une.
    La dépression, je connais aussi. Due au boulot, sorte de harcèlement (à l’envers) de mon chef.
    Je pleurais souvent. Je ne dormais pas la nuit. J’étais du coup encore plus émotive, épuisée comme je l’étais.
    Un jour, au boulot, crise de larmes. Pour pas grand chose. Mais je n’en pouvais plus.
    Je suis partie en laissant tout en plan. J’ai été voir mon médecin.
    Anti-dépresseur, somnifère, arrêt-maladie.

    Là où mon médecin a assuré, c’est qu’il ne m’a pas laissée rester en arrêt maladie. Au bout de 15 jours, il m’a dit qu’il fallait que je reprenne maintenant, sinon, je n’y arriverais plus.
    Je ne sais pas si c’était vrai, en tout cas, je l’ai fait. J’avais assez honte en fait. Honte d’avoir abandonné mon poste.
    Le plus dur, c’était de se justifier, de dire que tout allait bien (ou à peu près), de voir dans le regard des gens qu’ils savaient, surtout que, bonjour la discrétion, certains de mes collègues avaient prévenu tous mes contacts externes…

    De toute façon, entretemps, j’avais appris LA nouvelle qui m’a réellement sauvée de la dépression : que mon chéri avait trouvé du boulot, loin, très loin d’ici, et que j’allais pouvoir enfin faire mes valises, quitter ce poste de m** sans regret, et recommencer une autre vie ailleurs. Toute neuve et différente.

    Je n’ai jamais été voir de psy au final, vu comment les événements se sont enchainés.
    Mais toi qui as consulté, est-ce que ça t’a aidée ?

    J'aime

    • Damia dit :

      Bonjour Kimie et bienvenue chez moi!
      C’est mon médecin qui m’a « obliger » à arrêter de travailler. Compte tenu que je travaille avec la vie des gens, je ne pouvais pas me permettre de ne pas être fonctionnelle au travail. J’ai aussi la chance de travailler dans un domaine pour qui la dépression est quelque chose de physique. Pratiquement toutes mes collègues ont fait une dépression un jour ou l’autre.
      J’ai consulté un psychologue suite à la recommandation de mon médecin. J’ai eu droit au programme d’aide d’employés. J’avais droit à 5 rencontres payées. Sincèrement, la psy que j’ai vu ne m’a pas réellement aidé. Je sortais de là dans le même état que je rentrais. Si j’allais bien, je sortais « bien ». Je n’avais pas l’impression d’avancer. Alors que lorsque j’écris sur mon blogue, je tente de m,analyser, je réfléchis. J’ai des questions de mes lecteurs qui me poussent à réfléchir plus loin. Je crois que c’est plus Pomme Cerise qui m’a aidé que ma psy.

      J'aime

  4. Vanessa dit :

    Moi j’ai envie de te dire BRAVO pour ta première journée! Même si elle n’a peut-être pas été à la hauteur de tes attentes, dis-toi qu’il y a un début à tout! Et si ça prend plus de temps que prévu de retourner à temps plein, c’est bien correct et surtout normal. Dis-toi que ce n’est pas grave que tu fasses du 3 jours semaines, tu allèges l’horaire des autres pour 3 jours! C’est mieux que rien!

    Et surtout, ne pense qu’à toi! Les autres on s’en fout dans des situations comme ça 🙂

    Bisous et plein d’ondes positives!

    J'aime

  5. Anna-Belle dit :

    Revenir au travail après une absence est difficile et épuisant pour la majorité du monde, même si elles sont en parfaite santé alors moi je te lève mon chapeau car tu te sens encore fragile, mais tu fonces quand même. J’ai le goût de te dire de faire attention à toi, de ne pas être trop exigeante avec toi-même, je sens que tu es une perfectionniste et je sais à quel point ça demande du « jus ».

    Un jour à la fois, une heure à la fois et félicite toi pour toutes les petites choses que tu accomplis, laisse faire ceux qui ne comprennent pas et entoure toi de personnes qui en valent la peine. J’adore te lire et je te souhaite bonne chance pour la suite 🙂

    J'aime

  6. On The Road with Lau dit :

    Je suis moi aussi sur ton blog pour la première fois. Je découvre un peu ton histoire à travers cet article de blog et elle me touche.
    Je te souhaite plein de courage dans cette nouvelle aventure. Rien n’est jamais facile, mais avec de l’amour et de l’amitié, les choses semblent plus faciles.
    Bises affectueuses

    J'aime

  7. Aourell dit :

    J’ai connu ça aussi, j’ai même été hospitalisée pour ma dépression. Quand j’ai repris le travail je ne savais pas non plus si j’étais prête ou non. Finalement la vie a repris son cours 🙂

    J'aime

  8. Une femme libre dit :

    C’est courageux d’être retournée. Vous semblez capable de vous analyser et je suis certaine que vous ferez pour le mieux. Votre médecin est là pour vous aider là-dedans. Un jour à la fois.

    J'aime

Les commentaires sont fermés.